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Covid-19 | Le marché de la viande bovine bouleversé

20/03/2020

A l’heure où de nombreuses entreprises se demandent comment faire face à cette crise économique autant que sanitaire sans précédent, nombreux sont les éleveurs qui se posent légitimement la question du marché de la viande.
Voici un article rédigé par C. Delisle sur le site français réussir.fr

« Les restrictions prises par les différents Etats membres pour contenir la pandémie de Covid-19 auront inévitablement des effets sur les filières agroalimentaires, et donc sur le marché de la viande bovine.

© F. d’Alteroche

Il est encore difficile de se prononcer sur les effets de la pandémie de Covid-19 sur le secteur de la viande bovine. Toutefois, les mesures prises en France et chez nos voisins pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 (fermeture des écoles dans au moins 18 Etats membres, fermeture des restaurants en France, en Italie, en Belgique…) laissent présager un bouleversement du marché de toutes les filières agroalimentaires, et donc de celui des viandes bovines en Europe.

« La consommation en restauration hors domicile va littéralement chuter et se reporter pour les semaines à venir quasi-exclusivement à la maison, ce qui modifiera les circuits d’approvisionnement puisqu’on ne consomme pas la même viande en RHD et au domicile. La viande nationale est plutôt privilégiée dans les achats des ménages, dans les supermarchés et en boucherie. A l’inverse, en restauration, dans les cantines, on consomme principalement de la viande importée d’autres Etats membres. Ceci aura donc un impact fort sur le commerce intra-européen de viande bovine. Une baisse des flux de viande bovine est à attendre entre les Etats membres, même si le transport des animaux vivants ne subit à l’heure actuelle aucune restriction règlementaire, le secteur alimentaire étant considéré comme primordial. Toutefois, l’incertitude qui règne dans cette situation inédite complique grandement la tâche des opérateurs commerciaux. A moyen terme, il paraît probable que le ralentissement économique provoqué par les mesures de confinement et la psychose liée à la maladie aura des effets sur le pouvoir d’achat des consommateurs européens et donc sur la consommation de bœuf », souligne le GEB, département économique de l’Institut de l’élevage dans sa note mensuelle de conjoncture Tendances.

Incertitudes sur les marchés exports sous menace du Covid-19

En Italie, la fermeture de tous les restaurants pour éviter la propagation du coronavirus impacte très fortement le marché de la viande. Les commandes des restaurateurs sont à l’arrêt. La consommation à domicile est en hausse, « mais il est difficile d’y voir clair entre la constitution de stocks de précaution et la consommation réelle. La situation en Italie se répercute sur l’ensemble du marché européen de la viande bovine, certaines origines comme la Pologne qui exporte 85 % de sa production voit leur débouché principal se fermer. Ce report sur la consommation à domicile devrait bénéficier à la viande issue de broutards français engraissés en Italie qui constitue le gros des volumes en grande distribution ainsi qu’aux viandes françaises et irlandaises qui complètent généralement cette offre. Mais les viandes d’autres origines, comme la viande polonaise commercialisée principalement en RHD, risquent de se retrouver bradées ce qui pourraient provoquer une pression générale sur les prix. La fermeture des restaurants en Italie du 10 mars au 25 mars prive donc cette viande de son principal débouché. Il devrait en résulter des retards d’abattages importants, et sans doute de la congélation en Pologne. »

Le débouché allemand pour les jeunes bovins français pourrait quant à lui fléchir aussi à moyen terme en raison d’un ralentissement probable de l’économie outre-Rhin. La révision à la baisse des prévisions de croissance économique mondiale touchera de plein fouet ce pays très tourné vers l’exportation.

Un marché des broutards relativement préservé

« Sous l’effet d’une hausse des achats des ménages, les abattages se sont accélérés en Italie, libérant de la place dans les ateliers d’engraissement. Les exportateurs français ont donc profité de cette fenêtre de tir pour expédier des animaux, ne sachant pas comment évolueront les dispositions règlementaires regardant la circulation des animaux dans les prochaines semaines. »

Si le marché des broutards reste relativement préservé au vu des circonstances actuelles, à moyen-long terme, l’arrêt de l’activité économique dans les zones les plus touchées, le recul des revenus des ménages couplés à la concurrence des viandes d’import habituellement vendues en RHD pourraient impacter négativement la demande italienne en broutards.

« En outre, alors que l’épidémie prend de l’ampleur en France, les exportateurs français sont prudents dans leurs achats en prévision d’éventuelles restrictions sur le commerce transfrontalier. »

Côté pays tiers, si les envois français de broutards vers l’Algérie ont été multipliés par 5 en janvier d’une année sur l’autre, l’économie algérienne pourrait ralentir du fait des mesures prises suite à la découverte de cas de Covid-19 sur son territoire. « La baisse prochaine du pouvoir d’achat impactera rapidement la demande en viande bovine et par suite, en broutards. Par ailleurs, les opérateurs craignent un net repli des envois dans les mois suivants du fait des nouvelles contraintes à l’import pour les bovins d’engraissement (type viande, moins de 14 mois et 450 kg). A l’approche du mois de Ramadan (23 avril), les envois habituels de « broutards alourdis » seraient également compromis. Ainsi, le bond des importations algériennes résulterait en partie d’une anticipation par les acheteurs de l’impact de ces nouvelles contraintes. »

Un léger mieux sur les prix des viandes de femelles

« Face à une offre toujours limitée en France comme dans l’UE, les prix des réformes commencent à remonter, notamment pour les femelles les moins conformées. Les importations ont fléchi sur le dernier trimestre, tout comme la consommation. »

Avec la fermeture des restaurants et le report de consommation des ménages, certaines usines de transformation font d’ores et déjà état de la hausse de la production de viande hachée congelée, privilégiée en anticipation d’éventuelles périodes de confinement.

« A moyen terme, le ralentissement économique et la potentielle perte de pouvoir d’achat d’une partie de la population (chômage partiel…) pourraient se répercuter sur la consommation de bœuf. L’évolution de la pandémie en Chine et ailleurs dans le monde pourrait être déterminante pour l’orientation des marchés dans les semaines qui viennent.  »

Ci-dessous, le reportage de la RTBF sur le marché de Ciney du vendredi 20 mars.

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