SANTE ANIMALE

Elevage | Processus de lactation

14/09/2020

Quand le veau naît, tout est prêt dans la mamelle de sa mère pour qu’il puisse rapidement absorber le colostrum et se nourrir de lait.

Le vêlage est la phase finale de tout un processus hormonal qui se déclenche au moment où le développement du veau est suffisant pour lui assurer de bonnes conditions de survie. Paral- lèlement, tout se prépare pour que le nouveau- né puisse se nourrir dès sa naissance. La mamelle est un ensemble de lobules, eux- mêmes composés de plusieurs acini disposés en « grappe ». C’est au niveau de ces acini que l’on va trouver les lactocytes, c’est-à-dire les cellules à l’origine de la fabrication du lait à partir des éléments apportés par le sang.

En effet, de nombreux vaisseaux sanguins parcourent la mamelle : on estime que pour 1 litre de lait produit, la mamelle doit être traversée par environ 400 litres de sang ! Certains éléments du sang ne sont que filtrés et ne subissent aucune modification : l’eau, les sels minéraux, certaines protéines, dont les anticorps indispensables à la future protection du veau, certains acides gras. D’autres sonttransformés par les lactocytes: c’est le cas du glucose, des acides aminés, de triglycérides qui conduisent à la fabrication du lactose, de diverses protéines et acides gras.

Chaque acinus est entouré de fibres musculaires : ce sont elles qui permettront l’éjection du lait hors de l’acinus. Enfin, l’ensemble des lobules est entouré de tissu conjonctif qui contribue au maintien de l’ensemble et de tissu adipeux, plus ou moins important selon le stade de gestation et/ou de lactation, comme on le verra.

Trois grandes étapes pour que le lait soit disponible pour le veau

Le processus conduisant à la disponibilité du lait pour le nouveau-né se déroule en trois étapes. La première conduit au développement de la mamelle pour qu’elle soit prête à produire du lait (ou plutôt du colostrum) au moment de la mise bas. Les canaux, les lobules, les acini, les lactocytes se mettent en place. On l’appelle la mammogenèse. Pendant la gestation, la progestérone est produite à des taux élevés, elle contribue à éviter les naissances avant terme, en inhibant les contractions de l’utérus.

Elle joue également un rôle de verrou de la production de lait, en intervenant sur le complexe hypothalamo-hypophysaire (à la base du cerveau) et en induisant la sécrétion de la PIH (Prolactin inhibiting hormone) qui inhibe, comme son nom l’indique, la production de prolactine, hormone déclenchant la production de lait.

D’autres hormones interviennent dans ce mécanisme, comme la GH, hormone de croissance produite par l’hypophyse. Les Progestagènes interviennent également directement au niveau de la mamelle, en contribuant au développement du tissu lobulo-alvéolaire d’une part, et en inhibant les récepteurs à la prolactine et la synthèse de protéines d’autre part (ce qui réduit la sécrétion lactée). Les oestrogènes, moins présents pendant la gestation, ont pourtant une action synergique sur les progestagènes, en augmentant le nombre de leurs récepteurs dans la glande mammaire, rendant ainsi leur effet plus important. Au final, le tissu mammaire se développe, le tissu adipeux est réduit : les acini représentent en fin de gestation environ 50 % du tissu mammaire, alors que le tissu adipeux passe de 50 % en début de gestation à environ 1 %. Tout est en place pour produire.

Puis, à l’approche du terme de la gestation, la situation hormonale change complètement, avec une chute de progestagènes et une augmentation du taux d’oestrogènes. Cette diminution de progestagènes, associée au fait que leurs récepteurs sont en diminution (puisqu’ils sont particulièrement présents sur les cellules adipeuses), lève leurs effets inhibiteurs. En particulier, la prolactine peut alors être produite par l’hypophyse et déclenche l’activité sécrétoire des lactocytes : on parle de « décharge lactogène ».

La synthèse du colostrum démarre, favorisée également par l’ocytocine, qui par ailleurs stimule les contractions utérines et conduit à l’expulsion du foetus.

La dernière étape est l’éjection du lait et le maintien de la sécrétion lactée. La régulation de cette phase est à la fois nerveuse et hormonale. C’est le veau qui, en tétant, va stimuler le complexe hypothalamo-hypophysaire, déclenchant la sécretion d’ocytocine. Celle-ci a là encore un rôle favorisant la contraction de fibres musculaires : cette fois, il s’agit des fibres entourant les acini, ce qui déclenche l’éjection du lait.

Parallèlement, d’autres hormones sont sécrétées, conduisant à la production du lait : la prolactine qui agit directement sur les lactocytes, et d’autres qui interviennent plus indirectement, en mobilisant les nutriments nécessaires à la fabrication des composants du lait. C’est donc le veau qui va lui-même déclencher l’éjection du lait et entretenir sa sécrétion et son maintien dans le temps.

La production de lait par la mère augmente dans les semaines qui suivent la naissance. Puis au bout de 4 à 6 semaines, il y a diminution progressive. Cela s’explique d’une part par un effet moindre des tétées, mais aussi par le démarrage de la gestation suivante qui aura un effet inhibiteur sur la prolactine (et on revient à la « case- départ» !)


Enfin, les conditions entourant la tétée sont également à prendre en compte : comme lors du vêlage, qui peut être retardé en cas de situation de stress, l’éjection du lait peut être gênée. Ce type de situation provoque la sécrétion d’adrénaline, qui, en stimulant la contraction des vaisseaux sanguins, va freiner l’arrivée de l’ocytocine dans la mamelle et ainsi réduire son effet sur les fibres musculaires entourant les acini. L’éjection du lait sera ainsi moindre. La vache « retient » son lait. Tout est donc mis en œuvre pour que le veau, dès sa naissance, puisse bénéficier du colostrum, fabuleuse source d’anticorps, d’énergie et de protéines, qui lui permettra de mieux se défendre face aux agressions du milieu extérieur dans lequel il arrive.

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