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Reportages | Avant-main, longueur et une bonne côte à l’élevage van’t Kookshof

12/05/2021

« Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », (Charles Aznavour – La Bohème). Me voici en route pour Bree dans la province du Limbourg. Je pars à la rencontre des frères Hoogsteyns, alias l’élevage van’t Kookshof, d’où provient le célèbre Lasso ou encore Thorgal, champion national à Bruxelles en 2009.

L’élevage est un hobby pour les trois frères qui gère la petite exploitation, Pol, Lucien et Jos. Ils ont chacun eu une activité principale extérieure. L’élevage débute en 1976 avec l’engraissement des animaux de l’élevage familial (du papa), puis se concentre sur les blanc bleu à partir de 1990 avec l’achat de 8 embryons de Granada des Frères chez Francis Boutiau, desquels ils obtiendront quatre génisses et deux mâles. Ils possèdent une cinquantaine d’animaux réalisant ainsi une vingtaine de vêlage par an.
Lucien et Pol ont une vision bien précise de la sélection et de ce qu’ils veulent dans leur cheptel. Ils ont répondu sans tabou à mes questions et m’ont livré leur vision de l’élevage.

Quels critères recherchez vous dans votre cheptel ?

Lucien : « Nous recherchons des critères qu’on ne recherche pas dans l’élevage actuellement : de la largeur dans l’avant, un bon dos et une bonne côte. Pas le modèle que l’on cherche au concours, qui sont des modèles Ferrari, avec une belle arrière-main. Pour nous, une belle arrière-main est la cerise sur le gâteau. Dans l’élevage actuel, il manque le gâteau. Quand j’ouvre un catalogue au concours, pour 80% des croisements que je vois, je ne ferais jamais un croisement comme ça, je ne comprend pas les croisements dans les catalogues. Ce qu’ils veulent est une arrière-main impeccable et le reste est oublié; même sur les photos Facebook, on ne voit que l’arrière-main mais l’arrière-main ne dit rien du tout. Si la bête n’a pas une bonne avant-main, la bête n’est pas bonne pour moi. »

Comment réalisez-vous vos croisements ?

Lucien : « Nous mettons presque toujours les mêmes taureaux. Nous avons beaucoup utilisé Storm, il a parfois des défauts dans les aplombs mais est régulier dans l’élevage. Nous avons aussi beaucoup mis Jet-Set, qui est bien dans la viande mais les aplombs ne sont pas toujours correct non plus. Mais c’est un peu le problème des modèle Ferrari qui ont des bassins inclinés car ils ont très souvent des jarrets longs. Nous préférons des bassins plus relevés, carrés, larges et de la longueur.
Quand on n’a pas une bonne côte, l’élevage n’est pas régulier. Impérial a donné des bonnes bêtes, mais cela représentait 10% de ses veaux, et le restant ne valait pas grand chose, des grosses pattes chez les mâles. Quand on a une avant-main large et ronde, ca marche toujours, c’est régulier. Et c’est ce que l’on cherche dans un élevage. C’est ce qu’il manque dans les centres aujourd’hui et dans les élevages. Cependant, il ne faut pas une côte trop ronde, sinon cela ne marche pas non plus, comme avec Noceur, chez qui c’était trop rond.
Nous avons beaucoup mis Or de Beaujeu parce qu’il a Anastasia de l’Ecluse dans son pédigrée et Anastasia était une super femelle. Un taureau doit avoir une bonne mère. Beaucoup de taureaux au centre ont des mères pour lesquelles on ne sait pas grand chose. Pour ces raisons, il y a beaucoup de taureaux que l’on a jamais mis.
Nous avons donc difficile de trouver des taureaux dans ses critères. Quels taureaux y-a-til dans les centres avec des avant-mains, des côtes rondes et des bonnes pâtes? Il n’y en a pas. Nous avons essayé Tatoo vd Sysloberg. Il manque d’arrière-main mais il a de la longueur, des kilos et il est fin. Il a aussi une bonne mère qui a une bonne arrière-main que l’on a déjà vu sur les concours. Tatoo est une sorte d’expérience, nous verrons l’évolution de ses veaux. On peut juger un taureau quand on voit ses vaches, mais pour cela il faut être patient. »

Faites-vous attention à la consanguinité dans vos croisements ?

Lucien : « On regarde un peu mais pas trop. Nous avons des origines qui reviennent dans nos pédigrées avec Panache, Shériff et Jet-Set. »

Que pensez-vous des concours d’élevage?

Lucien : « Je ne comprends pas les concours, parce que les bêtes les plus préparées font le premier prix et ce ne sont pas toujours les meilleures. Quand on doit soigner durant des mois une bête avant d’aller au concours, ce n’est plus normal. Et ces bêtes qui sont soignées pendant des mois, elles arrivent au concours sèche, ce n’est pas possible. Cela veut dire que ce ne sont pas des bonnes bêtes de boucherie puisqu’elles ne s’engraissent pas. Nous avons perdu l’objectif dans l’élevage ces dernières années : longueur, largeur et des pattes impeccables. C’est aujourd’hui un problème d’avoir un taureau avec des aplombs impeccables et ce, dans toutes les sortes. On le voit ici aussi, au début tous nos animaux étaient liés, maintenant on ne saurait plus faire cela. »

Comment voyez-vous le BBB dans une vingtaine d’années?

Lucien : « Tout dépend de l’évolution de la société, avec tout ce qu’on entend sur la viande, la césarienne, et les gens qui viennent t’expliquer comment tu dois travailler, cela devient pire d’années en années. « 

Pol : « De toute façon, on ne sait pas concurrencer les Etats-Unis qui piquent les animaux aux hormones. Et toutes ces viandes qui sont vendues comme étant de la Blanc Bleu mais qui en fait sont de la Holstein ou de la viande d’autres races achetée en France et vendue comme étant de la blanc bleu font du tort à la race. Pour moi dans 20 ans, c’est fini »

Lucien : « Pour le moment, le prix est bon, surtout pour les mâles, mais on ne peut pas gagner sa vie ainsi. Tout est plus cher mais le prix des animaux est celui d’il y a 10 ans. Il faut un extra pour gagner sa vie. »

Quelque chose que vous regrettez?

Lucien : « Le prix du siècle passé. Pour le reste, il y a eu beaucoup d’amélioration, notamment l’abolition des hormones ou la découverte des tares. Pour les grippes, nous possédons notre propre système de vaccination. Nous n’avons presque plus de grippes dans les veaux. Un moment nous avons perdu beaucoup de veaux à cause de la grippe. Mais avec ce système, cet hiver, nous n’avons pas eu d’animaux malades. Il faut du temps pour obtenir des résultats avec ce système mais cela marche. »

Ce qu’il manque pour vous aujourd’hui dans le Blanc Bleu ?

Lucien : « Comme déjà dit précédemment, de l’avant-main, de la longueur et la côte. Nous avons gagné en kilos sur les dix dernières années mais cela doit encore continué. Maintenant, une bête de 4,5 ans pèse 650 kg environ, ça doit augmenter à 700kg. Il y a 15 ans, peu de bêtes atteignaient ce poids, maintenant c’est la norme. Et c’est en partie grâce à des idées comme chez Fabroca, où l’accent est porté sur les kilos. »

Votre définition d’un raceur/raceuse ?

Lucien : « Un taureau qui reproduit des veaux tous dans la même lignée, tous pareils, idem pour la raceuse. »

Le taureau et la vache qui ont marqué votre élevage ?

Lucien : « Lancier vd Bomlozeput pour le taureau et Granada des Frères pour la vache, et aussi une Lasso qui remontait à une Ubidet qui provenait d’une Classique de Saint Lambert mais je ne me rappelle plus son nom. »

Un taureau et une vache qui ont marqué le blanc bleu au niveau national pour vous?

Lucien : « Panache de Centfontaine a marqué la race ces dernières années, même si au début je n’aimais pas sa côte, mais il a bien vieillit et Lasso mais c’est un taureau à nous (sourire). Pourtant nous avons mieux réussi avec Shériff qu’avec Panache, Shériff était plus complet. »

Voici une galerie des photos prises durant la visite.

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