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Reportages | De la sorte à l’élevage van Terbeck

19/05/2021

La passion… un mot qui résume bien le travail de Jan Roggen au sein de son élevage « van Terbeck » situé à Kersbeek-Miskom dans le Brabant flamand. Le suffixe est bien connu dans le monde de l’élevage puisqu’il est présent régulièrement sur les concours et rafle de nombreux titres à chaque fois. On se rappelle d’ailleurs de ses deux derniers championnats nationaux. Outre sa présence sur les concours, l’élevage est également fournisseur de taureaux dans divers centres d’insémination.
Jan a repris l’exploitation familiale depuis 6 ans maintenant et s’occupe en grand partie seul de l’élevage. Il a de l’aide de manière ponctuelle pour des travaux plus spécifiques comme la tonte des animaux, l’écornage ou pour des travaux plus manuels et mécaniques.
L’élevage a traversé les décennies puisque son grand-père a réalisé un premier national en 1958 à Ath (période de l’exposition universelle à Bruxelles) étant ainsi un des premiers élevages flamands à sélectionner.

L’élevage van Terbeck représente plus ou moins 300 animaux soit 160 vêlages. Excepté pour les bêtes de concours, toutes les femelles vêlent entre 21 et 24 mois et elles sont inséminées 5 semaines après le vêlage. Les femelles vêlent en général trois ou quatre fois selon l’état de forme de la bête, certaines vieillissant mieux que d’autres. Il n’y a pas de vêlage durant l’été, à cause des chaleurs et de la surveillance plus difficile en raison de la moisson. Toutes les femelles sont inséminées, il n’y a pas de taureaux de saillies, hormis ceux qui sont vendus pour cet effet.
Tous les veaux reçoivent le colostrum de leur mère, controlé au préalable au niveau de sa qualité et complémenté avec le colostrum de Marloie si cela s’avère nécessaire. Les veaux reçoivent environ 4L de colostrum la première fois (les 2/3 par biberon et le reste via la sonde) puis sont laissés au repos durant 48H. Ils sont ensuite soignés avec de la poudre de lait.

Quelle est ton optique d’élevage? Quelles critères recherches-tu dans ta vacherie ?

Jan : « J’aime bien des bêtes avec de la sorte. Quand je sélectionne, pour 90% des cas, je mets des taureaux dont je connais toute l’origine, je dois connaître l’origine. Le taureau doit être bon mais avec de bonnes origines, l’un ne va pas sans l’autre. Si c’est un bon taureau mais avec des origines moins réputées, je vais être plus réticent à l’essayer. Si c’est un taureau avec de supers origines mais qui n’est pas bon, je ne le mettrais pas non plus.
Un bon taureau est un taureau avec un bon devant, de la musculature sur tout le corps, une bonne côte, de l’épaule et une grosse boîte dans l’arrière-main. Je prête moins attention aux bassins carrés. J’aime bien les bêtes stylées mais quand je mets un taureau, j’essaie d’avoir un taureau avec un bassin large. Cependant, sur des bêtes plus carrées, j’essaie un taureau avec un bassin plus incliné, comme Argan, pour avoir un bon équilibre. Il faut des bons aplombs évidemment, de la taille aussi. Il ne faut pas un taureau qui fasse +12 mais qu’il pèse quand même. Généralement, je mets des taureaux qui ont une certaine taille, hormis Futé, que je mets sur des bêtes plus grandes. »

Tu réfléchis beaucoup lors de tes croisements alors ?

Jan : « Un peu trop. Mais dès qu’une bête est en chaleur, je l’insémine et parfois je mets un taureau qui n’est pas à mon goût à 100%. Si j’ai un taureau qui fait des bons veaux, je le mets beaucoup. J’ai mis beaucoup Esperanto, Darko et Vidal. J’en ai été content et je sais sur quels types de bêtes il convient, donc je les ai beaucoup utilisé. Esperanto par exemple, convient bien sur des fines bêtes bien typées car il amène des kilos. Autrement il fait des gros veaux, mais sur des fines bêtes, ça fonctionne bien. Darko a besoin de grandes fines bêtes, avec de bonnes côtes et avec de la sorte, Esperanto aussi. Vidal par contre, c’est l’inverse, sinon c’est Occupant qui ressort. Ils sont assez complémentaires en fait.
Dans mon élevage, j’essaie de trouver un taureau qui marche sur une souche, comme Impérial sur Emigré, Darko et Esperanto sur les Idéfix. Et je mets beaucoup ces taureaux là sur ces types de bêtes pour garder de la régularité en femelles, en mâle c’est plus compliqué. »

Ton top 3 des critères auxquels tu fais attention quand tu choisis un taureau ?

Jan : « Je fais attention à la consanguinité d’abord. J’ai un programme consanguinité avec le CRV qui fonctionne sur base de trois colonnes (acceptable, dangereux, inacceptable). Je vais quand même dans la deuxième colonne mais pas jusqu’en bas. Je regarde aussi qu’il n’y ait pas deux fois le même taureau dans le pédigrée. Si le croisement est parfait à mes yeux, j’essaie quand même, mais cela n’arrive pas souvent. J’ai essayé aussi Vison pour sortir un peu des origines. J’essaie d’éviter les sortes « trop sec » et d’avoir un bon équilibre. Sinon le croisement est fait sur mesure, le taureau qui convient à la bête en fonction de ce qui lui manque. Je regarde aussi par rapport aux origines. Par exemple, sur les fines femelles d’Idéfix, Esperanto et Darko conviennent. Parfois, je fais une liste à l’avance des génisses à inséminer et le choix du taureau mais souvent je regarde la bête et je choisis.
Je regarde aussi les critères fonctionnels, durée de gestation, poids naissance, aptitude à boire, vitalité, mortalité. Si un taureau marche bien au concours, mais n’a pas de bons indices fonctionnels, je ne le mets pas. »

Quelles origines retrouve-t-on dans ta vacherie?

Jan : « Sur les dix dernières années, on retrouve Emigré et Impérial. Emigré a fait de supers femelles ici et j’ai eu 75% de femelles d’Emigré dans mes croisements. Impérial a fait de supers vaches. La moyenne des vaches de 5 ans est entre 850 et 1000 kg en vache maigre. On en a eu beaucoup. Puis on a mis beaucoup Argan aussi, qui faisaient des femelles légères et plus fines. Puis on a eu beaucoup d’Hazard, d’Idéfix et beaucoup de génisses de Vidal et Esperanto qui vêlent maintenant. Mais Emigré et Impérial ressortent beaucoup. Dans les nouveaux, j’essaie un peu Kouros, pas mal d’Obi-Wan, Ocean et Débardé. »

Que penses-tu des concours ? Tu es plutôt « l’important est de participer » ou  » le but est de gagner » ?

Jan : « Si tu ne sais pas perdre, il ne faut pas y aller. Ca a un intérêt social important, discuter avec les autres éleveurs, voir ce que les autres mettent comme taureaux, ce qui va ou pas. Pouvoir voir aussi les origines qui ressortent aux concours, même si ce sont toujours les meilleures qui sont là et qu’il faut être vigilant par rapport à ça. Participer au concours est une passion, concourir avec d’autres éleveurs et temps en temps avoir la chance de gagner. On essaie de faire son maximum pour préparer les bêtes pour le concours. Le concours est intéressant pour faire du commerce aussi, pour vendre des embryons, des jeunes bêtes comme des génisses ou des taureaux pour la saillie, des receveuses pleines. Participer aux concours est une passion car cela demande beaucoup de travail. Il faut être passionné pour le faire. »

Ton plus beau souvenir aux concours ?

Jan :  » Nos deux championnats nationaux à Bruxelles, Haartje en 2015, le premier à Bruxelles et celui de Karaat dans les vaches à Bruxelles était encore plus beau car c’était une bête unique, c’était pour la quatrième fois déjà. Elle n’a jamais été battue en série, battue trois fois en championnat, une fois à Saint-Trond, une fois à Affligem par la mère de la Hazard et une fois par Beauté van den Hondelee à Bruxelles en 2017. Son dernier championnat à Bruxelles était le plus beau car il y avait beaucoup de suspense lors de l’annonce parce que les deux premières plaquettes étaient pour une autre bête et les trois suivantes ont été pour Karaat. Et on savait que ce serait serré. Quand on va au national avec une bête prometteuse, on essaie de la préparer au mieux et le reste on verra bien. On n’espère pas de trop et on essaie de voir comment la journée va se dérouler. Et il faut respecter les collègues au concours. »

Comment tu vois le BBB dans 15-20 ans ?

Jan : « En Flandre, il y a déjà le problème avec les césariennes, il existe d’ailleurs un comité d’éthique. La question se pose aujourd’hui sur l’avenir de la césarienne dans la race : est-ce qu’on ne fait pas attention à ce critère ou est-ce qu’on fait des essais avec des mesures de bassins, comme ils font en Hollande. Pour moi, si on interdit la césarienne systématique, j’arrête le blanc bleu. Je connais un fermier qui fait de temps en temps vêler naturellement. Il mesure les bassins et il tire. Mais avec la qualité des bêtes que l’on fait et la facilité que l’on a avec la césarienne, des veaux toujours bien vivant, la bête qui ne souffre pas du vêlage. Mais on ne parle pas souvent du bien-être animal, on parle surtout d’éthique. Tout dépend des grandes surfaces, si eux un jour disent il faut ça, eh bien ce sera fini. Sinon pour l’évolution de la race, ca dépend des prix, du nombre d’éleveurs qu’il y aura encore dans 15-20 ans, il y en aura encore mais de moins en moins. Ici en Flandre, les règlements pour la construction des bâtiments sont de plus en plus sévères et le nombre de bêtes que l’on peut posséder fonctionne sur base de quotas, donc cela devient de plus en plus compliqué pour faire de l’élevage en Flandre. Le problème c’est que quand quelque chose se passe en Hollande, cela vient ici par après. On dit quand il pleut en Hollande, on a des gouttes ici. Sinon question blanc bleu même, on aura plus de kilos qu’avant, si les prix continuent à évoluer dans le bon sens pour pouvoir gagner sa vie. La qualité est là, il y a moins de casses qu’avant grâce aux tares, aux taureaux qui produisent des veaux faciles et moins de pertes à la naissance, plus de kilos par bête abattue. On travaille bien dans le blanc bleu aujourd’hui. On a joué beaucoup avec la viande avant mais aujourd’hui je pense qu’on a trouvé un bon équilibre. « 

Quelque chose du passé que tu regrettes actuellement?

Jan : « Je ne suis pas quelqu’un qui regarde en arrière mais plutôt qui va de l’avant. C’est passé donc il faut avancer. Il n’y a rien que je regrette à part peut-être le public au concours même s’il y a encore du public au concours. »

Ta définition d’un raceur/d’une raceuse ?

Jan : « La définition d’une raceuse est simple, dans quarante bêtes, elle sort du lot, une vache qui présente quelque chose. Sa reproduction est importante mais elle doit d’abord dégager quelque chose. Pour le raceur, il doit avoir de la sorte, ce n’est pas facile à décrire mais il doit avoir de la classe et de la sorte, une bête que tu t’arrêtes dessus, et avec une origine maternelle. Ce n’est pas un bon taureau ou de la bonne sorte, c’est un bon taureau avec de la bonne sorte. »

Le taureau et la vache qui ont marqué ton élevage ?

Jan : « Mon grand-père aurait dit Epatant de Vyle Tharoule et Précieux de Magraule, ils ont vraiment marqué l’élevage en leur temps. Galopeur et Riant ont marqué fort après puis il y a eu Emigré et Impérial. Un taureau qui me tenait à coeur quand j’étais jeune, c’était Diabolo. C’était le premier vrai culard viandeux avec une grosse boîte. J’étais tout fan Elsa quand elle est arrivée ici, j’étais tout jeune. Des taureaux qui m’ont marqué aussi : Radar et Idéfix qui ont eu une bonne reproduction. Dans les vaches, Elsa, une terrible vache. Beaucoup de taureaux de centre ont Elsa dans leur origine. Trois souches ont bien marqué ici : la souche de Karaat, la souche d’Idéfix avec Viool l’émigré et sa mère Darling et la souche de Fleurie des Waleffes. Fleurie a fait championne à Libramont en 1991. On a eu une fille de Fleurie, Dora, une bourgogne, qui fait championne à Libramont en 1996, et hors d’une Torrero d’une Napoléon de Dora, on a eu quatre Emigré qui ont marqué beaucoup l’élevage, entre autre la mère de Bonita (Genièvre), cette souche ressort pas mal ici. Ce sont les quatre lignées avec Elsa qui ont marqué le plus l’élevage ici. »

Un taureau et une vache qui ont marqué le blanc bleu au niveau national ?

Jan : « Ardente dans le temps, la mère de Fausto et Goldorak, a marqué fort aussi. Mais dans les vingt dernières années, Elsa et Davina ont fort marqué l’élevage avec leur fils. Pour les mâles, chaque taureau a sa génération. Il y a eu la génération Impérial qui marqué la race dans les vaches. Il a reproduit comme lui même s’il n’a pas marché dans toutes les fermes. Adajio a marqué aussi malgré qu’il faisait parfois des vaches plus légères, mais il a plus marqué dans ses fils qu’Impérial, qui lui étaient plus réguliers dans les vaches, surtout au niveau des kilos. Panache a marqué aussi via ses fils. La lignée de Panache et Shériff ont plus marqué avec leur fils qu’avec des femelles. »

Si tu devais qualifié en un mot ton travail avec la génétique ?

Jan : « Passionné. Il faut être passionné pour faire tout cela. Wilfried m’a dit une fois qu’un tout bon éleveur est un peu un artiste. »

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