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Reportages | La base, ce sont les raceuses!

02/06/2021

Le reportage suivant nous conduit à Watervliet, un village au calme situé en Flandre orientale. Je pars à la rencontre de la famille Gillis, composée de Paul, Marleen et Karel, et leur élevage van de  Kerkenhofstede.
Une centaine de vêlage sont réalisés sur l’exploitation. Les veaux sont soignés à la poudre de lait. Selon Karel, un élevage doit reposer sur des raceuses, pour constituer une bonne base.

Depuis combien d’années sélectionnez-vous?

Karel : « Mes parents ont commencé il y a 35 ans. Nous avons commencé notre élevage avec quatre lignées. Mes parents avaient acheté trois femelles chez les parents de Luc et Benoît Mahoux, des embryons de l’élevage du Vanova, une origine chez Géry Van Isacker et une origine chez Redant. Nous avons basé notre élevage sur ces bêtes. Ces sortes de bonnes bêtes ressortent toujours. Même si tu utilises un taureau un peu moins bon, dans notre ferme, il marche parce qu’il y a de l’origine derrière. Tout le monde se jette sur le champion pour l’utiliser, mais pour avoir une base dans une ferme, ce n’est pas ça qu’il faut, il faut des raceuses. »

Quelle est ton optique d’élevage?

Karel : « J’aime les bêtes lourdes, mais pour faire les croisements, j’ai besoin de bêtes qui ont de la sorte, une côte ronde, du bassin et le poids est important pour le porte-monnaie. J’aime des veaux avec des grandes oreilles et des longues pattes. Quand tu aimes un type de bêtes, tu diriges ton élevage dans cette direction de manière instinctive. Et quand tu aimes des bêtes lourdes, tu vas toujours dans cette direction aussi. J’ai déjà discuté avec des gens au concours qui me disaient que le poids n’est pas le plus important pour faire premier, c’est vrai, mais ça compte aussi. Les aplombs sont importants aussi et tout le monde fait attention à cela maintenant. Quand tu remarques un taureau spécial, il y a souvent quelque chose au niveau des aplombs. Tout le monde dit qu’il faut des super aplombs, mais quand tu as de la taille, du poids et des fines pattes, ce n’est pas facile. Et les gens disent aussi qu’une côte ronde donne des maladies. Une côte ronde sèche donne des maladies, mais une côte ronde avec de la viande dedans, pas sèche, tu as besoin de ça pour faire ton élevage. Chez nous, les bêtes ont une côte ronde mais elles ont de la nature.
Certains travaillent pour avoir la championne. Nous nous travaillons pour avoir des veaux en bonne santé et corrects, et dans ces veaux, il y a en aura au moins un qui sera une bête de concours. Nos bêtes sont grandes, longues, larges mais avec beaucoup d’origine différentes. Nous avons plusieurs lignées différentes, pas deux ou trois comme certains éleveurs font. Et nous avons gagné notre vie de cette manière, les prix étaient mauvais mais nous avons toujours eu des grosses bêtes. « 

Comment procèdes-tu pour faire tes croisements ?

Karel : « Je regarde toujours les défauts de la bête pour corriger avec le taureau que je choisis. Je fais aussi attention aux origines et j’essaie d’utiliser quelques lignes hors origines pour sortir des sangs. Et on attend que les bêtes aient au moins 15 mois avant d’inséminer. Si tu insémines trop vite, tu casses ta bête et perds des kilos. Avant, nous avions tendance à essayer d’avoir cinq à six veaux par bête, mais nous avons remarqué qu’arrivé à un certain âge, les bêtes ne changent ni en poids ni en qualité. Maintenant, nous faisons vêler en général maximum quatre fois, deux-trois pour la moyenne et quatre veaux pour les super.
Quelqu’un m’a dit qu’il y avait trois manières de gagner de l’argent avec un taureau : le meilleur taureau, le premier de la sorte et le taureau avec une origine facile. C’est pourquoi j’ai des lignes qui vont donner le meilleur, un peu des nouveaux taureaux aussi pour avoir le premier fils et des origines plus faciles.
J’essaie de ne pas bloquer trop mes origines quand j’insémine. Les derniers taureaux que j’ai utilisés sont Darko, Caiman, Horace, Amoureux, Vison et Abusif. J’essaie de diversifier mes croisements.
Je ne suis pas convaincu par l’utilisation de la génomie dans notre race car elle est trop petite, il n’y a pas assez d’échantillons. Dans les laitières, cela fonctionne car il y a beaucoup de bêtes. Mais la génomie n’apporte pas la passion ni le champion, il faut l’oeil du maître. Elle aidera peut-être ceux qui s’y connaissent un peu moins mais cela n’aidera pas les connaisseurs. Pour ce qui est des index par contre, je suis attentif aux critères de mortalité car cela est juste mais le reste je ne regarde pas. »

Quelle est ta philosophie pour les concours ?

Karel : Pour les petits concours provinciaux, on prend les génisses dans les box sans donner de supplément. Mais pour les gros concours, on donne un extra. Au concours national, il faut que ta bête soit belle le jour du concours. C’est un art de préparer une bête pour aller au concours. Tu peux gagner une place avec la façon de soigner.
Quand j’inscris une bête au concours, j’espère être dans le top 3, mais si je suis plus loin et que ma place est juste, je n’ai pas de problèmes. Cela me donne la motivation pour m’améliorer l’année suivante. »

Comment vois-tu le blanc bleu dans 15-20 ans?

Karel : « J’espère que nous serons toujours là et que nous aurons un meilleur prix. Le prix devrait s’ajuster au niveau de la vie. Les passionnés deviennent âgés et diminuent. Il n’y a plus beaucoup de jeunes qui sont passionnés. En Flandre, c’est la catastrophe, en Wallonie, il y a encore des jeunes motivés. »

Quelque chose qui manque pour toi dans le blanc bleu ?

Karel : « Le caractère robuste des taureaux. Je trouve qu’on a perdu la figure de père, beaucoup de taureaux ont le caractère femelle. Je trouve que c’est difficile d’avoir des meilleurs taureaux que ceux que l’on a avec cette optique. Et il y a une mode dans les centres où il faut toujours utiliser les nouveaux qui sortent. Cela n’est pas dérangeant mais il ne faut pas toujours penser en terme « commercial ». Mais c’est bien qu’il y ait quatre centres pour amener de la concurrence, sinon, s’il n’y en a qu’un ou deux, ça casse la race aussi. »

Ta définition d’un raceur/raceuse?

Karel : « Au début tu ne le sais pas, mais un taureau qui donne des vaches, qui donnes des fils pour les centres, quand tu as un taureau comme ça, tu as un raceur pour l’expliquer rapidement. Ca ne doit pas toujours être un champion, mais il doit avoir de la sorte, avec des mères derrières.
Pour une vache, j’aime des bêtes qui font de l’élevage, qui reproduisent et qui donnent une ligne dans ton élevage. Comme Elsa, Effigie, Déesse que nous retrouvons dans l’élevage ici.
Pour un jeune éleveur qui débute, il est important qu’il rencontre un éleveur connaisseur, honnête et confiant. C’est la vraie base pour obtenir un raceur ou une raceuse. »

Le taureau et la vache qui ont marqué ton élevage ?

Karel : « En concours, c’est Sissi. Et nous avons eu deux vaches qui ont fait le record de poids, 1300 kg et 1320 kg, une Origan et une Or. Et en taureau, c’est Ichor de Septon, qui a fait des vaches extraordinaires et aussi Emigré. Mon père dirait plutôt Ferrero, pas pour les vaches de concours, mais pour des vaches de poids régulières.

Le taureau et la vache qui ont marqué la race ?

Karel :  » Pour moi c’est Effigie, elle a amené un nouveau style dans la race. Et en taureau, tous les taureaux que Gérard Bonduel a présenté, Panache, Grommit, Jonas, Shériff. Gérard a montré quelque chose dans la race de très spécial. »

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