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Reportages | Efficacité et praticité

21/07/2021

L’élevage est une histoire de famille chez les Vanderbecq. Guy, Valérie et leurs quatre enfants, me reçoivent dans leur exploitation située à Thieu. La ferme tourne en circuit fermé et réalise environ 275 vêlages. Outre sa passion pour les concours, l’élevage de la Ferme des Croix se montre surtout très attentif aux attentes des bouchers.

Peux-tu expliquer les origines de ton élevage ?

Guy : « Mes parents ont commencé dans les années 70 en achetant des taureaux de saillie chez les éleveurs de pointe de ce moment-là. Puis, moi et mon épouse avons repris la ferme en 1999. Nous avons travaillé trois ans en association avec mes parents et ils ont pris leur pension.
En 2001, nous nous sommes mis à notre compte. Nous avons acheté des taureaux, fait un peu de transfert d’embryons et poussé un peu plus la sélection. Nous avons gardé les vaches plus longtemps pour augmenter notre cheptel au fur et à mesure. Nous avons toujours chercher à nous équiper pour faciliter le travail. Après 20 ans de carrière, les enfants arrivent tout doucement. »

Quelle est ton optique d’élevage ?

Guy : « Je ne suis pas très regardant à la taille. Je n’ai pas besoin d’une bête qui fait +10, je préfère une bête qui fait +3. J’aime des bêtes longues, avec de bons aplombs, au bassin plus relevé, car elles sont souvent plus lourdes. Quand on vend des bêtes, ce n’est jamais avec une toise, c’est avec le poids bascule. Une bête limite en taille pèse parfois plus qu’une grande bête et le rendement carcasse est souvent meilleur aussi. Quand on voit les rendements carcasse que l’on a, d’une bête à l’autre, le rendement peut varier de 3 à 5% en plus selon la conformation, la longueur et surtout l’avant-main, autant dire que sur une vache de 600kg abattue, cela fait vite 30 kg en plus. Nos vaches sont plus lourdes qu’il y a 10 ans. Nous avons augmenté le poids des bêtes de 150 kg. Avant, nous avions des vaches de 850 kg et c’était bien. Maintenant, beaucoup de vaches grasses passent les 1000 kg. Et c’est l’optique de notre élevage : une vache de 1000 kg grasse pour arriver à une vache de 650-700 kg abattu. Toutes les bêtes sont vendues aux bouchers et aux chevilleurs, hormis celles vendues pour l’élevage. Tout est engraissé et valorisé sur la ferme. Dans cette optique, nous ne cherchons pas des bêtes trop sèches, il faut des bêtes avec de la nature, qui savent pâturer, rester en ordre et valoriser des grosses nourritures, pas des bêtes qui ont besoin de 10 kg de tourteau pour se tenir en état. »

Quelle origine retrouve-t-on souvent dans ta vacherie ?

Guy : « Homogène de Fooz, qui a très bien reproduit chez nous. Nous avons fait un bon de 10 ans avec lui car il a produit beaucoup de vaches de 1000 kg et plus, avec des rendements carcasse de 70%. Grommit, Shériff, Panache, Devidan de la Ferme des Croix, Vidal et Javelot ont laissé une très belle descendance en qualité/poids. Actuellement, j’emploie beaucoup Darko, Débardé et un peu Dauphin. Darko reproduit en finesse, en pureté, en longueur et Débardé, dont j’ai déjà eu 60 veaux facile d’élevage, est un raceur dans le dos, le garrot, la longueur avec des bassins un peu plus relevé.

En nouvelle génération, il y aura Oasis, Orateur et Flavius. Oasis de la Ferme des Croix est un fils de Digital sur une mère Origan primée de nombreuses fois sur les concours. C’est un véritable bloc de viande avec de super aplombs et une très bonne taille (+6). Il est né dans notre élevage et est déjà prisé par les grands éleveurs. Orateur de la Ferme des Croix est un fils d’Elite sur une mère Horace, petits fils de Gouache de la Ferme des Croix. Gouache est cette fille de Panache primée régulièrement sur les concours et qui s’est révélée être une raceuse dans l’élevage. Orateur est un phénomène de viande et de poids. Il pèse 880 kg à 20 mois pour une taille +3. Enfin Flavius de Saint Fontaine, jeune taureau que j’ai acheté chez Luc Mahoux, n’est autre que le demi-frère de Donnay avec Espéranto, taureau tout en puissance et en musculature avec une taille +8 et un poids de 700 kg à 15 mois.
Oasis, Orateur et Flavius ont rejoint, ou rejoindront prochainement, les centres d’insémination.
Nous mettons massivement trois quatre taureaux qui vont bien chez nous. Pour les jeunes, on essaye quelques doses, on attend l’évolution et si ça va bien, on le remet. On regarde beaucoup aussi au démarrage des veaux dans les choix. Avec le nombre de vêlage que l’on fait, le démarrage facile des veaux est un critère primordial. Un taureau qui fait des gros veaux de 80 kg, nous ne le mettons plus. »

Comment élèves-tu tes veaux ?

Guy : »C’est Valérie qui s’occupe des veaux. On trait les mères pour donner le colostrum, puis il démarre à la poudre de lait jusque 3,5-4 mois.
Valérie : « Oui ils ont 3L de colostrum, puis ils sont au repos pendant 24h et puis je démarre tout de suite au bassin avec de la poudre de lait. Ils sont sevrés vers 3,5-4 mois et je diminue progressivement l’apport en lait. Les veaux reçoivent rapidement du floconé 1er âge avec du foin. »

Comment fais-tu tes croisements ?

Guy : « Les taureaux que je choisis doivent avoir une bonne mère, un gros devant avec un gros garrot, de la longueur, de bons aplombs, un bassin un peu plus relevé et une ossature fine pour ne pas produire des veaux trop gros à la naissance. Les taureaux qui produisent des veaux avec des difficultés au démarrage sont directement abandonnés. »

Fais-tu attention à la consanguinité dans tes croisements ?

Guy : « On regarde un peu selon les taureaux, il faut faire attention avec certains plus qu’avec d’autres mais on ne pousse pas la consanguinité au dernier point. Si on estime qu’un taureau convient bien à une vache, qu’il est un peu consanguin mais que les origines n’ont pas posé problème, on ne regarde pas. Et nous n’avons jamais eu de problème avec ça. Quand tu fais trop attention, tu descends un peu mais il ne faut pas non plus mettre un fils sur son père. On essaie de mettre le taureau qui convient à chaque vache. »

Un taureau et une vache qui ont marqué ton élevage ?

Guy : « Dans les vaches, Maeva de la Ferme des Croix, qui est allée 12-13 fois au concours, a été 12 fois première, 10 fois championne notamment au national de Tournai. Dans les taureaux, Homogène de Fooz, car il a fait avancer l’élevage d’un grand pas. Il a fait beaucoup de veaux en saillie naturelle et a fait une lignée régulière.
Davidson de la Ferme des Croix, avec lequel j’ai participé à de nombreux concours où il a été primé, a laissé une excellente reproduction, dont Maeva et Magnificience. Ce fils d’Impérial pesait 1400 kg. « 

Un taureau et une vache qui ont marqué la race selon toi ?

Guy : « Je dirais Grommit, Panache et Impérial qui ont fait de supers vaches, de plus 1000 kg. Dans les vaches, il y en a eu beaucoup de bonnes mais je dirais Lavande de l’Allemoine, car on l’a vue longtemps. Elsa du Chenia a été une raceuse, Davina du haut d’Arquennes et maintenant il y a Super Star de Centfontaine. »

Qu’est-ce que tu penses des concours ?

Guy : « J’aime bien allé au concours quand il y a de bons jurys. Par bons jurys, j’appelle des gens qui connaissent bien les bêtes. Tous les juges ne sont pas bons mais quand le concours est jugé par des gens qui s’y connaissent, c’est magnifique, les classements coulent de source et ça roule. Pour moi, il y a des gens qui ne jugent pas assez et d’autres jugent trop. Je pense que les gens qui sont à la tête devraient réfléchir avant d’en sélectionner certains.
Sinon, les concours sont une belle vitrine pour l’élevage. Un concours bien réussi représente 6 mois de vente garanti, c’est une belle publicité. Et même si les spectateurs sont de moins en moins nombreux, une photo dans les journaux ou sur Facebook donne des retombées pour la vente de taureaux de saillie. »

Ton plus beau souvenir au concours ?

Guy : « Le championnat avec Maeva à Tournai en 2019, avec son veau et dans sa catégorie. Avec Gouache, à Libramont, où elle a réalisé un premier prix alors qu’elle était en fin de carrière. »

Quelque chose que tu regrettes ?

Guy : « Je ne vais sans doute pas me faire des amis en disant cela mais j’aimais quand les bêtes étaient rasées. On n’a pas vendu un kilo de viande en plus parce qu’on a arrêté de tondre aux fins peignes. Je trouve que c’était une fausse bonne idée. Nous aurions du faire plus de publicités pour la viande plutôt que de se battre pour des peignes de tondeuse. »

Qu’est-ce qui manque pour toi dans le blanc bleu ?

Guy : « Je trouve qu’il manque de la solidarité entre éleveurs. Nous avons une magnifique race avec un noyau restreint et que certains ne comprennent pas et critiquent le choix des éleveurs, je trouve cela dommage. Il peut y avoir de la rivalité dans un ring, mais en dehors je pense qu’il y a des choses qui n’ont pas lieu d’être. Dans certaines régionales, les éleveurs passent d’ailleurs les bêtes des autres, mais dans d’autres régionales c’est à couteaux tirés. Il faut savoir se remettre en question et s’autocritiquer. »

Comment vois-tu le blanc bleu dans 15-20 ans ?

Guy : « J’espère que les personnes qui sont à la tête du Herd-Book ne vont pas se laisser influencer par tous les bureaucrates qui n’ont jamais élevé une bête, qui n’ont jamais donné à boire à un veau, qui n’ont jamais géré un troupeau. J’espère que ce ne sont pas eux qui vont nous dire dans 10 ans comment nous devons élever nos blanc bleu. C’est ce qui me fait le plus peur. Mais je pense qu’il y a des gens au Herd-Book qui sont très valables et j’espère qu’ils ne se laisseront pas marcher sur les pieds, qu’ils défendront la race et qu’ils la feront évoluer, notamment au point de vue des cotations linéaires qui doivent être revues en tenant compte du poids de l’animal et pas que de la taille. Certains bovins sont défavorisés parce qu’ils ont une taille +2 ou +3 par rapport à d’autres bovins de plus grande taille mais pas nécessairement plus lourd. Il me semble que l’on gagne sa vie avec le poids et non la taille.
Sinon je pense que la race a un bel avenir, les chevilleurs sont confiants dans les rapports viande-prix, la découpe est facile, il y a des marchés à prendre. La finition de l’animal en engraissement est primordiale pour avoir une bonne viande. Plusieurs vaches de 6-7 ans, parties chez notre boucher, ont produit de l’excellente viande. »

Ta définition d’un raceur et d’une raceuse ?

Guy : « Un raceur est un taureau pour lequel tu vas voir des bons veaux homogènes dans 10-15 fermes. La raceuse est un vache qui reproduit avec une bonne moyenne pour n’importe quel taureau. »

Peux-tu qualifié ton travail en un mot ?

Guy : « La progression. On essaye de progresser et de s’améliorer dans tous les domaines. Mais pour être un bon éleveur, il faut être entouré par une bonne équipe, notamment vétérinaire pour disposer de bons conseils en temps utile. « 

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