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Reportages | La génétique tel un patrimoine

28/07/2021

Les frères Van Bellegem se sont démarqués ces dernières années au sein des concours, notamment nationaux. Damien et Charles ont la passion des bonnes bêtes et exploitent au maximum la génétique de leurs bêtes de top. L’exploitation dispose d’une partie élevage, s’élevant à 450 têtes de bétail, ainsi que d’une partie entreprise.

Peux-tu me narrer les origines de votre élevage ?

Damien : « C’est une histoire familiale. Daniel, mon papa, a repris l’exploitation dans les années 80. A l’époque, c’était une ferme qui fonctionnait avec les cultures de froment, betteraves, chicorées et pommes de terre et c’était aussi l’époque où l’on détenait les bêtes pour valoriser les prairies. Mais très vite, mon papa a développé le cheptel blanc bleu et a commencé à inscrire les animaux quelques années plus tard. L’exploitation a grandi petit à petit et s’est vraiment développée avec la reprise de celle-ci par moi et Charles, respectivement en 1998 et en 2006, puisque nous avons dix ans d’écart. A ce moment-là, le troupeau s’est rapidement agrandi, passant de 180 à 450 bêtes aujourd’hui.
Quand Charles s’est ajouté à l’exploitation, nous avons développé en parallèle une société d’aménagement extérieur, de débouchage de canalisation et d’entreprise agricole, car à l’époque, nous entendions déjà parler de diversification dans les fermes. Mais nous étions moins attirés par les diversifications à la mode à ce moment-là et nous avons donc créer une sprl pour garder l’exploitation. Nous avons quatre personnes qui sont engagées par l’entreprise.
A son époque, mon papa a amélioré le troupeau à son échelle. Aujourd’hui, la technique du transfert d’embryon a une place importante. Plus on avance en génétique, plus on cherche à sélectionner. La moitié des vélâges sont issus du transfert embryonnaires. D’ailleurs une partie du troupeau est composé de receveuses qui sont traites pour nourrir les veaux. »

Quelle est votre optique d’élevage?

Damien : « Nous essayons d’avoir des bêtes modernes, c’est-à-dire des bêtes longues, larges, fines tout en étant viandeuses, une bonne épaule haute avec une bonne côte, des bonnes têtes, des bêtes avec du caractère, qui sont fières. Notre prototype de bête c’est Java van den Hondelee, elle est longue, haute, large, avec de la poitrine, elle reproduit et elle est économique. Nous aimons bien des pouliches, grandes, longues, larges avec de la viande.
Dans les veaux, nous aimons des petits veaux fin d’ossature. Beaucoup d’éleveurs aiment les gros veaux, mais nous pensons qu’il faut faire attention à ne pas arriver à des veaux de 90 kilos. Nous cherchons à avoir des veaux moyens, pas trop légers et pas trop lourd non plus. Et, ce qui est souvent négligés mais qui est important, c’est la préparation velâge. Nous avons un vétérinaire qui nous conseille et nous donnons toujours des bolus de sélénium d’office et on remarque que cela aide, notamment pour éviter d’avoir des veaux cardiaques. Le sélénium en blanc bleu est important. Le vétérinaire nous a déjà expliqué que lorsqu’il était aux études, il y a 40 ans, son professeur disait déjà que le sélénium était pour les muscles et que cela était très important. Sur la ferme, nous utilisons une mélangeuse et la ration est d’office complémentée en minéraux. »

Comment faites-vous vos croisements ?

Damien : « Nous essayons de corriger nos bêtes. Si nous avons une bête un peu petite, nous croisons avec un grand taureau. Mais pas des grands taureaux +15, nous restons dans la fourchette 0 à +4, ce sont souvent les meilleurs. Nous n’utilisons pas l’ordinateur pour réaliser nos croisements, nous préférons discuter avec les amis et on déduit. Nous n’avons pas peur de faire de la consanguinité en quatrième génération, mais nous tenons compte du facteur élevage dans nos choix de taureau notamment pour l’aptitude à boire.
On met rarement un taureau qui ne vient pas d’une bonne vieille étable, c’est-à-dire que nous mettons des taureaux de souche. Par exemple Darko et Jet-Set, quand on voit la souche ascendante avec Effigie et Valeureuse, il n’y a plus rien à prouver dans cette sorte-là. D’ailleurs nous avons déjà remarqué que lorsque l’on sort du chemin, il est difficile d’y revenir.
Maintenant, on utilise Darko, Jet-Set, Dauphin, je remets un peu de Diesel car nous avons eu de bons petits veaux. Pour l’avenir, nous allons essayer Oasis de la Ferme des Croix, Donnay, Ford et Javon. »

Quel est votre avis sur la consanguinité ?

Damien : « Certains éleveurs disent, et les centres aussi prônent cette idée, qu’il ne faut pas faire de consanguinité. Quand Doré de Somme est sorti, nous l’avons utilisé. Indirectement, il est arrivé plusieurs fois où nous l’avons utilisé sur des Panache. Donc nous avions deux fois Panache dans le pédigrée de certaines bêtes. Nous avons eu des taureaux avec cette origine Doré X Panache que les centres étaient venus voir et ils disaient que l’origine ne convenait pas à cause de la consanguinité, parce qu’il y avait deux fois Panache. On s’est dit alors qu’on devait éviter ce genre de croisement. Un an plus tard, ces mêmes centres ont acheté des taureaux avec dans l’origine, deux fois Panache ou deux fois Shériff, alors quand on voit ça, qu’est-ce que la consanguinité ? Eux disent qu’il ne faut pas en faire mais ils achètent des taureaux consanguins. »
Charles : « Ce qui compte, c’est en faire mais ne pas avoir de casse. Quand tu vends une bête au marchand, il ne demande pas si la bête est consanguine ou non. »
Damien : « Nous faisons de la consanguinité raisonnée. Il y a des taureaux qu’il faut pas croiser ensemble sinon tu sais que tu vas avoir de la casse. »

Quelles origines retrouve-t-on le plus dans votre élevage?

Damien : « D’un point de vue mâle, c’est surtout Panache. Du côté des femelles, c’est Effigie et Super Star. Nous avons beaucoup de souches Panache, Shériff, Impérial et Grommit. Les bêtes que nous avons récoltées, à savoir Java, Beauté, Dune, Célébrité, Caraïbe (soeur de Java), sont des bêtes issues de ces souches. »

Que pensez-vous des concours ?

Damien : « Les concours nous permettent de nous situer par rapport au niveau des autres élevages, si tu es dans le coup ou non. Ceci dit, ce n’est pas parce que l’on est pas bien classé, que la bête vaut moins. Un classement reste subjectif. Quand les jurys se trompent, les gens le voient et gardent leur opinion. Parfois, on parle plus de la bête mal classée, qui reproduira, que de la première. Ce qui est malheureux, c’est qu’il y a de très bons jurys qui ne se mettent pas en valeur alors qu’ils ont le don pour juger et d’autres qui sont moins bons et qui se prennent pour des kings. Quand on invite des jeunes jurys au régional pour qu’ils apprennent, il faut les mettre avec des jurys plus matures qui sont expérimentés dans le blanc bleu. J’ai déjà vu des jeunes jurys connaisseurs qui ont peur de s’affirmer et d’autres moins qualifiés mais qui viendrait bien t’apprendre ton métier.
Pour moi un bon jury est quelqu’un de clairvoyant qui arrive à discuter et justifier son choix de classement avec les éleveurs, même si ce n’est pas correct. »

Comment voyez-vous le Blanc Bleu dans 15-20 ans ?

Damien : « Je pense que ce sera comme aujourd’hui. Il y aura toujours des mordus, des gens qui diront que demain c’est fini. Je compare la question avec les chevaux de traits. Quand les tracteurs sont arrivés, nous n’avions plus besoin de chevaux de traits mais cinquante ans après, il y en a encore. Personne ne sait comme cela va se passer. Le prix va déjà beaucoup mieux. Tu m’aurais posé la question il y a six mois, j’aurai peut-être eu une réponse différente. Je pense que les bonnes vont devenir un produit à part, de luxe. »

Quelque chose que vous regrettez ?

Damien : « Il y a beaucoup moins d’éleveurs autour de la race, moins d’engouement. Il n’y a pas moins de bêtes mais il y a moins d’éleveurs et il y a moins de personnes qui inscrivent, est-ce que cela ne rapporte pas ou cela coûte trop cher… Ce que je regrette le plus c’est l’engouement. Dans les années folles comme on dit, chez les éleveurs de pointe, il y avait des gens toutes les semaines si pas tous les jours pour acheter de la génétique ou des taureaux de saillie. Aujourd’hui, cela a bien changé! »

Qu’est ce qui manque pour vous dans le Blanc Bleu ?

Damien : « Ce que je remarque quand je vais aux expertises, c’est qu’il manque de bons taureaux, il y en a beaucoup qui manquent de viande. Je pense que cela vient du fait que l’on ne regarde plus assez aux côtes, à la finesse et pour finir tu ne sais plus avoir un bon mâle. Nous avons aussi tendance à nous focaliser plus sur les aplombs que sur la viande. On met plus vite un taureau en deuxième catégorie pour les aplombs que pour la conformation.
Il y a de moins en moins de grands connaisseurs, pas que je me prenne pour un connaisseur, mais il y en avait beaucoup plus dans les années 90. »

Votre définition d’un raceur et d’une raceuse ?

Damien : « Vingt ans après, on en parle encore. C’est une bête qui est au-dessus de la moyenne aussi bien en concours qu’en reproduction. On peut cibler plusieurs taureaux, le croisement fonctionne souvent, comme Super Star ou Effigie. »
Charles : « Pour le raceur, un taureau qui va dans plusieurs fermes, qui fait des lots. »
Damien :  » Je pense que Darko va être un raceur, dans les anciens il y avait Impérial, Panache, Fausto. »

Un taureau et une vache qui ont marqué votre élevage?

Damien : « Dans les femelles, Java, Beauté et Super Star. Dans les mâles, Panache et Impérial. Beaucoup de bêtes vont descendre de ces origines dans les années futures mais aussi passées. »

Un taureau et une vache qui ont marqué la race?

Damien : « Dans les dix dernières années, les souches d’Effigie et Davina d’où découlent nos deux championnes nationales ainsi qu’Impérial, Panache, Jet-Set et Darko. »

Un mot pour qualifier votre travail avec la génétique ?

Damien : « La passion et la patience. »
Charles : « Il y a des bêtes où il faut parfois attendre et que l’on exploite pas assez. »
Damien : « Oui je trouve que l’on exploite plus assez la génétique de certaines bêtes car nous sommes arrivés à un gros nombre de vélâge et au bout de deux-trois veaux, elles partent. Avant, les éleveurs avaient moins de bêtes et ils avaient cinq-six veaux d’une même vache. »

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