REPORTAGES

Reportages | Un coin d’avant-garde

04/08/2021

L’élevage du Coin est tenu par la famille Mailleux-Dony et se situe sur deux sites distincts, à Braibant et à Havelange. La première visite se déroule à Braibant. Le site réalise environ 190 vêlages. Tous les veaux sont soignés à la poudre de lait.

Peux-tu expliquer les origines de ton élevage?

Jean-Marc: « Jean Dony, Jules Mailleux et leurs épouses ont commencé en 1977, mais l’élevage du Coin a débuté bien avant. Hubert Pilote, à qui nous avions racheté les bêtes, sélectionnait déjà depuis les années 50. »

Jean Dony : « Dans le temps, les petites génisses cul-de-poulain, on ne les mettait pas à taureaux. Sepul est le premier a avoir osé mettre ces femelles à taureaux. Un des premiers taureaux qu’on a eu était Hervé de la Forêt. J’avais été le chercher sans le voir avant. Quand je l’ai vu dans la bétaillère, je me suis dit qu’est ce qu’on va faire avec ça. Le taureau a reproduit du tonnerre et son frère avait été vendu au centre. Il a remis de la viande sur les femelles et c’est comme ça que cela à commencer. A part des taureaux de saillie, nous n’avons jamais acheté de génétique. Nous avons commencé avec les bêtes d’Hubert Pilote, qui était déjà de belles bêtes pour l’époque. »

Jean-Marc: « Quand ils ont repris le site ici, il y avait une bête, Peureuse, qui se retrouve dans l’origine de Gulliver, qui a produit 13 veaux, 11 femelles et 2 mâles. Elle avait un dos comme une table et elle vêlait toute seule. Elle avait un large bassin. Après Hervé de la Forêt et avant Camphre, Olibrius a bien reproduit aussi. »

Quelle est ton optique d’élevage?

Jean-Marc : « Le modèle viandeux, c’est-à-dire une côte plus ou moins ronde, une bonne attache de queue, un large bassin, de l’épaisseur de dos, une bonne épaule, la finesse d’os, la finesse du cuir et des bons aplombs. »

Comment fais-tu pour réaliser tes croisements ?

Jean-Marc : « On regarde quand même à la consanguinité et on utilise Ariane. En-dessous de 4%, je fais de la consanguinité, au-dessus j’essaie d’éviter. J’essaie déjà d’utiliser les taureaux de tête pour mettre sur mes bêtes, c’est-à-dire les meilleurs taureaux que je vois, pas spécialement des champions de concours.
J’essaie d’avoir un taureau qui fait des femelles stylées, typées mais plus d’élevage que de concours. J’ai quelques taureaux que j’aime bien et ce sont ceux-là que j’utilise. Je regarde à l’épaisseur dans l’avant et surtout une bonne épaule, un bon bassin et des bonnes mères derrière. On est plus vite déçu avec un taureau qui n’a pas une bonne mère. »

Quelle origine retrouve-t-on fréquemment dans ta vacherie ?

Jean-Marc : « Toutes les bêtes ont du sang de Camphre, Radar et Brutal en leur temps, Impérial, Occupant, Shériff. J’ai utilisé beaucoup de taureaux ayant Effigie et Davina dans leurs origines. Actuellement, j’utilise Darko, un peu Dauphin, Futé, Atomic (taureau privé) et Bazooka, un taureau privé ayant vidal sur attribut comme origine. »

Qu’est-ce que tu penses des concours ?

Jean-Marc : « Il en faut pour faire de la sélection et tant que les jurys jugent en âme et conscience, on ne peut pas les critiquer pour moi. Un bon jury doit juger la bête et non son propriétaire. Je préfère un jury honnête qui a moins de connaissance, qu’un connaisseur qui fait des tirages de province ou qui juge selon ses intérêts. Maintenant sur le ring, s’énerver parce que tu n’es pas d’accord ne sert à rien. »

Ton plus beau souvenir au concours ?

Jean-Marc : « Le championnat avec Luron, avec Bruxelles. Il avait failli le faire deux ans avant. C’était du temps où les jurys utilisaient encore les cartons à point et il avait eu un 7 parmi tous les 9 et les 10 et c’est Cristal qui l’a fait cette année-là. »

Comment vois-tu le blanc bleu dans 15-20 ans?

Jean-Marc : « Faut arrêter de vouloir toujours plus grand en taille, pour finir nous aurons des bêtes avec des entrecôtes que nous ne saurons plus cuire dans une poêle. Quand tu entends les cuisiniers dans les restaurants, parfois ils aiment autant des entrecôtes Holstein parce que le modèle est plus petit. Quand ce sont des côtes à l’os de 2,5 kilos, ce n’est pas facile à cuire. Les restaurants regardent à ça et le disent que les côtes à l’os deviennent trop grandes pour cuire. Je préfère des animaux plus petits mais avec un meilleur rendement.
Et puis si c’est pour vouloir des grandes bêtes, autant élever des blondes d’aquitaine. Il ne faut pas vouloir suivre les autres races dans leur sélection. Beaucoup de dose d’insémination sont vendues à l’exportation pour permettre aux éleveurs étrangers d’amener un plus en rendement carcasse sur les animaux, mais si nous sélectionnons pour avoir des grandes bêtes sans viande, cela n’a pas de sens.
Il faut continuer à sélectionner pour avoir des bons aplombs et des petits veaux à la naissance, 60 kg est un beau poids pour moi. »

Quelque chose que tu regrettes ?

Jean-Marc : « Avant, sur les grands concours, les bêtes étaient espacées et cela permettait de bien voir les bêtes. Maintenant, elles sont serrées comme des sardines et ne présentent pas bien. Il y a beaucoup de gens qui n’ont rien à faire dans le ring aussi.
L’inscription des veaux entre éleveurs étaient bien aussi. Avant, on pouvait inscrire des veaux d’un taureau privé entre petit comité d’éleveurs.
J’entends beaucoup d’éleveurs qui râlent qu’ils ne peuvent pas avoir la génomie de leur taureau. Mais s’il faut faire la génomie en plus des tares actuelles pour les taureaux de saillie, cela deviendra compliqué de vendre des taureaux d’élevage. »

Quelque chose qui manque dans le Blanc Bleu pour toi?

Jean-Marc : « Sortir des indices sur la précocité des femelles. C’est intéressant de savoir si une femelle est précoce ou non car plus une femelle vêle jeune, plus elle est rentable. »

Ta définition d’un raceur/d’une raceuse ?

Jean-Marc : « Un taureau qui reproduit tout des veaux dans le même moule, les mêmes défauts et les mêmes qualités. Pour une raceuse, c’est une femelle qui produit des bons veaux peut importe le taureau avec lequel on la croise. »

Un taureau et une vache qui ont marqué ton élevage ?

Jean-Marc : « Camphre et Luron, qui a ramené beaucoup de finesse dans l’os et dans le cuir ainsi que des gros garrots. Dans les vaches, Egalée, Gaule. »

Un taureau et une vache qui ont marqué la race ?

Jean-Marc : « Opticien, Galopeur, Riant, Brûlot, Gulliver, Bourgogne, Brueghel, Radar, Brutal, Lasso, Germinal, Panache, Shériff, Grommit, Futé va marqué aussi mais on n’a pas vu beaucoup de veaux comme il n’y a pas eu de concours. »

Qualifier en un mot ton travail avec la génétique?

Jean-Marc : « Passion. »

Pas encore de commentaire

    Laisser un commentaire