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Reportages | La finesse de cuir

25/10/2021

« Quand on aime, on ne compte pas ». Et on aime tellement nos blanc bleu qu’on a parcouru presque 800 km, traversé le Pont de Normandie, salué le Mont Saint Michel pour s’enfoncer dans la Bretagne, presque côtière, et s’arrêter à Bourbriac chez Etienne Baudoin, alias l’élevage du Garnel. L’élevage possède deux troupeaux, un laitier (50 pie-noires traites) et un troupeau viandeux représentant 60 vêlages. Les femelles vêlent généralement avant l’âge de 24 mois et les veaux sont élevés au pis.

Peux-tu expliquer les origines de ton élevage?

Etienne : « Cela fait 13 ans que je me suis installé ici. La génétique provient essentiellement de quatre élevages : l’élevage de Tohogne à Guy Gaillard, l’élevage du Sartay à Bernard Haufroid, l’élevage de la Haie Madame à Ruddy Lambert et l’élevage de Centfontaine à Benoît Mahoux. Je suis arrivé ici en 2009 et nous avons débuté en laitier puis en 2012, nous avons été remplir un semi-remorque en Belgique, dans ces élevages. Nous avons débuté avec 20 bêtes, nous avons travaillé avec des embryons et cela a démarré ainsi.

D’aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours aimé les blanc bleu. Je n’avais pas 10 ans que je tondais déjà les animaux pour aller au concours à Ciney. C’est comme Obélix, je suis tombé dedans quand j’étais petit. Je me souviens qu’on allait au concours à Ciney au vieux marché couvert qui était près de l’école. J’étais en gardienne, près de la gare, mon papa était au concours, je quittais alors l’école à pied, je traversais toute la ville et j’allais le rejoindre pendant la récréation. Je me souviens qu’à ce temps-là, l’élevage au top était l’élevage de la Rècheterre. »

Quelle est ton optique d’élevage?

Etienne : « La viande. Dans les femelles, le plus de viande possible, les plus lourdes possible et avec de bons aplombs. Il faut une belle arrière-main, un bon dos, une bonne poitrine, une bonne côte et une bonne épaule. Mais je regarde plus à l’arrière-main chez une femelle que chez un mâle. Chez un mâle, l’avant-main est plus importante pour moi. »

Comment fais-tu pour réaliser tes croisements ?

Etienne : « Je prête attention à une épaule haute, une bonne poitrine, de la longueur et j’adore des animaux avec des fins cuirs. C’est un critère primordial pour moi, le fin cuir. C’est d’ailleurs ma marque de fabrique, j’ai des cuirs super fins. J’aime autant un taureau épais et moins typé, qu’un taureau typé avec un bassin incliné.
Je ne fais pas attention à la consanguinité, sauf sur certaines souches où c’est nécessaire, comme Artaban. Mais par exemple avec Panache, cela ne me dérange pas de revenir avec ce même sang-là. Quand j’insémine une bête, j’observe la bête et je me demande ce qui lui convient comme taureau, puis je réfléchis aux origines. Et je me demande si ça convient ou non. Si c’est trop proche ou si j’ai un autre choix, je change, mais si le prototype de la bête convient à mon premier choix, je le fais quand même. Il m’arrive d’appeler régulièrement Benoît Mahoux pour profiter de ses précieux conseils.
Dans les nouveaux taureaux, j’utilise Darko, Dauphin, Ogival et j’attends des doses de Donnay. Je prends en général les taureaux que je pense les meilleurs et ce sont eux que j’utilise. »

Quelle origine retrouve-t-on fréquemment dans ta vacherie ?

Etienne : « Panache, un peu d’Impérial et Jet-Set. »

Qu’est-ce que tu penses des concours ?

Etienne : « C’est très bien mais il faut relativiser car cela dépend de beaucoup de choses indépendantes de l’animal qu’on présente. J’ai toujours été un fervent adepte des concours car c’est une très bonne vitrine pour un élevage et cela permet de se comparer aux autres. Mais malheureusement, pour moi, ici en France, il faut parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour participer à un concours qui a généralement lieu lors d’une foire, qui dure plusieurs jours. Notre présence auprès des animaux présentés lors de ces concours vivement conseillée, pour ne pas dire obligatoire, est difficile pour l’organisation du travail au sein de la ferme. De plus, l’OS Blanc Bleu en France nous impose de tondre nos animaux intégralement, ce qui pour moi n’est pas une bonne chose car les animaux maigres sont défavorisés. Les concours devraient être accessibles aux bêtes maigres. Mais je ne désespère pas d’y retourner un jour. Ceci dit, je devrais avoir quelques bêtes pour représenter mon élevage sur des concours belges l’année prochaine. »

Comment se situe la blanc bleu en France, parmi les races françaises ?

Etienne : « J’ai déniché mon boucher en cherchant dans le bottin téléphonique, tout simplement. La première fois qu’il est venu voir les bêtes, il était septique. Maintenant, quand je lui téléphone pour lui dire qu’une bête est prête, il ne vient même plus la voir. Il arrive avec son camion, il charge la bête et on ne discute même plus du prix. J’ai toujours minimum 7,50€ et quand c’est une super, j’ai 8€.
La toute première bête que j’ai vendue ici c’était au supermarché du coin, à 6,30€. Pour la suivante, le gérant ne voulait plus payer la bête à ce prix mais s’aligner sur le prix des Blondes, payées à 5€. Je n’étais pas d’accord donc j’ai cherché moi-même un boucher indépendant. Et ce boucher local a écoulé la vache en 4 jours, alors que ce n’est pas un gros village. Les gens venaient en rechercher pour la congeler et ils arrivaient à la faire manger aux enfants. Ici, les enfants n’aiment pas le boeuf car c’est un peu caoutchouteux et difficile à manger. Alors que la blanc bleu est tendre donc plus facile à manger pour les enfants.
C’est parce qu’il n’y a pas beaucoup de blanc bleu en France, que c’est un produit rare, qu’on arrive à avoir ce prix-là. S’il y avait beaucoup d’éleveurs de blanc bleu ici, nous aurions le même prix qu’en Belgique. Le boeuf ici est un plat du dimanche, c’est noble. Le boeuf est cher en France, pour parfois avoir une viande un peu médiocre pour la plupart. Donc lui offrir une viande de cette qualité lui permet d’écouler une bête de 600 kg en deux jours. »

Comment vois-tu le blanc bleu dans 15-20 ans?

Etienne : « Je suis sûr que ça ira, la seule crainte que j’ai, c’est pour l’élevage en général, avec toutes les attaques que nous subissons. Mais si cela ne va plus pour le blanc bleu, pour moi cela n’ira plus pour rien d’autre. Je n’ai pas d’inquiétude, hormis le futur de l’élevage en général.
En France, nous sommes moins attaqués qu’en Belgique, mais ça commence ici aussi. Puis dans les campagnes, les gens sont des gens des campagnes, ils ne sont pas dérangés par la poussière ou le bruit. Les reportages qui sont diffusés sur les chaînes françaises, sont des reportages qui attaquent à chaque fois un produit. Pour finir, les gens sont perdus, ils n’ont plus confiance et ils ne savent pas différencier ce qu’ils entendent à la télé du travail réalisé sur le terrain, qui est consciencieux et respectueux. »

Quelque chose que tu regrettes ?

Etienne : « C’est pas dans le blanc bleu en lui-même, c’est dans ce qui l’entoure. Toutes les décisions que l’on prend ne sont parfois pas perspicaces. Il y a beaucoup de travail pour promotionner la viande blanc bleu, une viande supérieure au niveau diététique et écologique. Si on se battait plus pour cela, plutôt que de se battre pour un centimètre de poil ou un centimètre à la toise. Si on privilégiait le poids par rapport à l’âge au lieu de la taille par rapport à l’âge, ce serait mieux aussi. »

Ta définition d’un raceur et d’une raceuse ?

Etienne : « Un raceur est un taureau qui quand tu vois ses veaux, tu n’as pas besoin de demander son origine, tu le sais déjà. Une raceuse est une vache qui reproduit bien peu importe comment tu la croises. Quand tu la croises avec un taureau, il faut qu’elle sorte le veau que tu penses qu’elle va donner. »

Un taureau et une vache qui ont marqué ton élevage ?

Etienne : « Historia, qui m’a fait deux veaux mâles qui avaient rejoins BBCI, et Joconde, la mère d’Ogival, qui m’a laissé 3 bonnes femelles, qui elles-mêmes reproduisent très bien. Dans les taureaux, Panache. »

Un taureau et une vache qui ont marqué la race ?

Etienne : « Si je remonte loin, il y a eu Lancier, Précieux, Beaujolais, Gabin d’Offoux, Opticien, Riant, Bourgogne, Brûlot, Fausto, Lasso, Brutal, Radar, Panache, Jet-Set et maintenant Darko. Dans les femelles, Ardente de Bois Borsu, Elsa du Chenia, Davina, Effigie et Superstar. »

Qualifier en un mot ton travail avec la génétique?

Etienne : « Passion débordante ».

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